Exit la wifi, vive la halo-fi

Exit la wifi, vive la halo-fi

    Dans un avenir tout proche, ce drôle d’appareil fleurira sur les toits et signera en un clin d’œil l’arrêt de mort des plus grands fournisseurs d’accès à internet. Kézako ?

    Nombreux sont les téléspectateurs à s’esbaudir des exploits extraterrestres de SpaceX, Blue Origin, Virgin Galactic… D’autres penseront que les économies d’énergie sont le nouveau joug sous lequel plient les populations pendant que les milliardaires Jeff Bezos, Elon Musk et Richard Branson s’envoient en l’air.

    Rassurez-vous (ou plutôt l’inverse), ces gens-là ne jettent pas de telles sommes par les fenêtres pour faire du tourisme spatial. Ils nous préparent, pour un avenir proche, une révolution technologique dont les répercussions financières dépasseront l’entendement et, si l’Europe ne s’organise pas suffisamment vite, provoquera l’effondrement en cascade de nombreuses grandes entreprises du secteur des télécommunications.

    Nous n’allons pas faire œuvre d’empathie à leur égard. Après tout… n’est-ce pas un peu fou qu’en en 2021, alors que la technologie progresse à une vitesse stupéfiante,

  • notre connexion à internet s’interrompe parfois sans aucune raison valable ?
  • connecter deux appareils différents à notre connexion suffisent parfois à la faire sauter ?
  • le service télévision de notre box s’arrête de manière intempestive ?
  • nous ne puissions pas regarder la télévision ET surfer sur le net en même temps ?
  • nous soyons forcés de perdre des HEURES au téléphone à appuyer sur une touche, puis sur une autre, en nous battant avec des répondeurs à reconnaissance vocale qui devraient, depuis le temps, avoir appris à comprendre quand on leur dit M…E ?
  • nous soyons obligés d’annuler une sortie ou de quitter le travail en avance pour rentrer chez nous, nous asseoir et patienter pendant une fenêtre de quatre heures indiquée par un réparateur… qui finit par ne JAMAIS venir ?

    Pourquoi DIABLE payer notre accès à internet et à notre Box TV si cher pour une qualité non nécessairement garantie ? Fin 2018, le magazine Business Insider réalisait une étude donnant la liste des 23 pays où l’internet haut débit est le plus rapide dans le monde… Voici les résultats :

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    Oui, vous avez bien lu. Ce n’est pas une erreur… La France est le bon dernier de la classe ! Notre connexion à internet est si lente qu’elle n’est même pas dans le classement des 20 meilleures au monde ! La vitesse moyenne d’internet en France est même loin de satisfaire aux critères minimaux des connexions “haut débit”. Même en Roumanie, où certains endroits sont très pauvres, est garanti l’accès à une connexion internet deux fois plus rapide qu’en France ! Ce pays est 18 rangs plus haut que le nôtre en termes de vitesse maximale obtenue pour une connexion à internet.

    Cela signifie que l’état de l’internet français est pire que dans certains pays pauvres. Mais dans ce cas, pouvons-nous au moins nous consoler en disant que nous payons des tarifs qui correspondent à la qualité du service ? Absolument pas. Certaines des fournisseurs d’accès, parmi les plus connus, font joyeusement augmenter le coût de leurs services de manière automatique et cachée…

    Pendant qu’en Corée du Sud, pour 18 euros/mois, on dispose d’une connexion trop fois plus rapide qu’en France, à Saucède, les enseignants subissent régulièrement des sautes de connexion. Maintenir le lien avec les élèves en période de confinement est pourtant indispensable.

    Peut-on faire des reproches à nos élus locaux et départementaux qui dégagent au mieux des crédits pour que la fibre accède en des endroits les plus reculés. Mais la Cour des comptes estime que l’objectif de raccordement de 2022 ne sera pas tenu et que le coût du plan très haut débit va passer de 20 milliards à 35 milliards d’euros ! Est-il raisonnable d’ensevelir de telles sommes si, dans un avenir très proche, la fibre optique pour internet devient obsolète ?   

Halo fi

    L’internet à très haut débit sans réseau terrestre en tous points du globe approche. Cela veut dire que nos surpuissants opérateurs nationaux et européens, menacés de faillite, mettront tout en œuvre par lobbying pour se ménager une porte de sortie aux frais du… consommateur infidèle rattrapé par son statut de contribuable.

    Dans moins de temps qu’on pourrait croire, un internet ultra-intelligent, capable de connecter les services de secours après une catastrophe naturelle (inondations, tremblement de terre etc.), des ONG installées sur des îles coupées du monde ou encore des marins hauturiers pourrait même voir le jour !

    Cet internet des cieux, basé sur la technologie Halo-Fi, a une finalité aussi simple à énoncer que tonitruante : une connexion ultra-rapide (beaucoup plus que la fibre), sans interruption et déployée aux quatre coins de la planète.

    Concrètement, une seule société, forte d’une flotte de satellites perfectionnés, utilisera une constellation de « micro-routeurs » de haute technologie placés en orbite terrestre basse (OTB) et capables d’offrir un accès internet haut débit et sans interruption directement depuis l’espace. L’espace pourra combler les vides numériques.

 

Halo fi

    On estime qu’il suffira de moins de 300 mini-satellites équipés de ces micro-routeurs pour combler les besoins de la planète.

    Disons-le tout net : avec le Halo-Fi, l’époque actuelle, qui consiste à souscrire à un abonnement à un fournisseur d’accès pour pouvoir se connecter à une « box » offrant un accès à internet, est tout simplement vouée à disparaître !

   

    La technologie est déjà opérationnelle et, vu l’importance des enjeux technologies et financiers, quelques-uns des poids lourds de Wall Street ont commencé à s’y intéresser. Pas question en effet de rater ce train blindé de ligots d’or pour ces acteurs majeurs de la révolution technologique actuelle qui combine essor du cloud, développement de l’e-commerce, avènement de l’internet des objets connectés et généralisation de l’intelligence artificielle !

   

    La remarque vaut pour Apple, Amazon, OneWeb, mais aussi pour Elon Musk (Zip2, X.com, Paypal, Tesla, Hyperloop, Powerwall,  OpenAi, Neuralink, The Boring Company) avec SpaceX et sa startup Starlink, dédiée à l’internet spatial ; ces GAFAM ont déjà lancé quelques centaines de satellites et sont à l’affût pour offrir leurs services. Leur but ? Accéder aux précieux financements d’infrastructures de la Federal Communication Commission des USA, destinés à offrir l’internet haut débit aux zones rurales américaines.

    Ainsi la révolution qui s’annonce devrait-elle faire beaucoup d’investisseurs heureux… et d’opérateurs malheureux.

   

    Mais comme des méga-puissances comme la Chine ne resteront pas en retrait, il est à prévoir que ces orbites basses seront encombrées de satellites concurrents et que l’on pourrait assister à des incidents plus ou moins fortuits. D’où la phase ultime de cette stratégie : l’envoi de super-techniciens astronautes chargés de la maintenance et de la réparation.

 

    Et l’Europe, dans tout ça ? C’est une question de souveraineté et de cybersécurité.

    Nous sommes déjà suffisamment dépendants d’entreprises sous la coupe de l’oncle Sam pour les services du quotidien que nous offrent les GAFAM. Même la structure sous-jacente d’Internet, le peu connu service DNS, qui vous évite de taper une série de chiffres pour vous rendre sur votre site préféré en tapant aen64.fr, ne nous est accessible que par la bonne volonté de Washington qui peut changer du jour au lendemain.

   

    Avec l’arrivée imminente de services commerciaux Halo-Fi, comme le Starlink de SpaceX, nous risquons de perdre la main sur un nouveau pan de notre connectivité : la liaison physique entre nos appareils domestiques et Internet.

 

    Or, aucun pays ne pourrait aujourd’hui fonctionner sans Internet. Une interruption brutale de la connexion au réseau des réseaux signerait l’arrêt de mort de l’activité économique et une désorganisation totale des services de l’Etat – ce n’est d’ailleurs pas pour rien si la cybersécurité est actuellement un des soucis principaux des gouvernements.

 

    La présidence de Donald Trump nous a prouvé que les Etats-Unis ne sont pas d’une fidélité absolue avec leurs alliés historiques – et même le Vieux Continent n’est pas à l’abri de sanctions économiques. Impossible, dans ce contexte, d’imaginer confier notre accès Internet à des sociétés de droit privé américain.

 

    Ces considérations prises en compte, ce n’est pas le seul principe de précaution qui pousse à la création d’un champion européen du Halo-Fi. A l’heure où l’économie européenne peine à reprendre de la vitesse, les plans de relance sont à la recherche de secteurs à la fois capables d’injecter des milliards d’euros dans l’économie réelle tout en promettant un retour sur investissement conséquent.

   

    Plus question de financer du chômage partiel ou autres avions renifleurs de pétrole : l’Europe est prête à faire tourner la planche à billets, mais pour des projets vraiment utiles. A ce titre, le Halo-Fi est idéal. Il utilisera à bon escient des milliards d’euros, financera des emplois qualifiés et notre industrie de pointe et, avec un marché potentiel estimé à plus de 15 milliards d’euros par an d’ici six ans, il promet un retour sur investissement des plus intéressants.  

Europe spacex

    Le projet Halo-Fi de la Commission européenne vient apporter un coup de pouce financier bienvenu à l’internet satellitaire d’Eutelsat. En pratique, dans le consortium qui regroupe Airbus, Arianespace, Eutelsat, Hispasat, OHB, Orange, SES, Telespazio et Thales Alenia Space, les entreprises françaises seraient idéalement positionnées.

    Elles recevront dans l’immédiat plus de 7 M€ pour faire une simple étude de faisabilité, et intègreront le programme GovSatCom (Governmental Satellite Communications) qui vise à fournir des capacités de communication sécurisées aux missions et opérations critiques de sécurité et de sûreté. Dès l’année prochaine, l’envergure définitive du projet et la répartition des rôles entre Commission européenne, Etats et industriels devrait être déterminée.

    Les grandes manœuvres, dont l’attribution des précieuses fréquences de communication, devraient alors commencer. Les montants en jeu passeront alors des millions aux milliards d’euros, pour le plus grand bonheur des actionnaires des entreprises participantes…

   

    ‍Quant à savoir quand et si ces milliards, prélevés dans la poche du contribuable européen pour être injecté dans celles d’entreprises privées, y retourneront en capital et intérêts…



Le mot du Président
    N’ayant pas encore réussi à atteindre le monde d’après comme nous l’espérions en mai dernier, nos retrouvailles, cette année, sont à nouveau compromises et le bulletin 2021 sera à nouveau virtuel.

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