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Le Clocheton

  Des temps préhistoriques à nos jours, des dessins rupestres néandertaliens aux tags actuels, sous de multiples formes, thèmes et connotations, les graffitis accompagnent le passage de l’homme.

  Les élèves de l’Ecole Normale d’Instituteurs de Lescar n’ont pas dérogé à la règle et tous les recoins quelque peu reculés de la charpente du clocheton portent la marque de leur passage, états d’âme ou cogitations. 

  A l’écart de tout passage habituel, les combles, les greniers, le clocheton faisaient partie de ces lieux privilégiés, pour des raisons parfois très louables (havres de paix et de silence pour réviser en vue du baccalauréat), parfois moins (par exemple, pour « sécher » un cours malgré le risque de sanction ).

Les travaux d’aménagement et de modernisation ont préservé le vieil escalier de bois qui permettait l’accès aux combles et au clocheton.

  Toujours est-il que les poutres de la charpente – véritables chefs-d’œuvre de compagnons –   sont couvertes de graffitis en tous genres. Le temps a fait son œuvre, des travaux d’aménagement et de mise en sécurité ont eu lieu, la plupart des inscriptions réalisées à la craie se sont inexorablement estompées et pour certaines devenues inaccessibles.

  Michel GARCIA (ancien élève-maître de la promotion 1961-1965) a eu l’heureuse idée d’en faire un recensement exhaustif. Pas de photo numérique à cette époque, il ne nous en reste que la trace retranscrite, mais ô combien précieuse ! Quelques extraits :

« Le graffiti le plus ancien qu’il m’a été possible de déchiffrer date de soixante-douze ans :  (Illisible)  1890-93 27 mai 1893 Pentecôte »

« Beaucoup (de Normaliens) ont laissé leur nom inscrit à la craie ou au crayon, noms épars ou regroupés par promotions entières »

« Les poutres accueillaient parfois des amours débutantes. On y trouve par exemple, emprisonnés dans un cœur : Danielle / René »

« Ces amours étaient-elles la cause de l’impatiente attente des vacances ? Toujours est-il que les vacances, codées DKL, GDK, FUITE, en faisaient languir quelques-uns :

  • Bourdel 1919-1922 à 11 jours de la DKL
  • Crampes-Martin à 36 jours de la fuite, 8 juin 1921
  • Le 11-7-1923 à 4 jours de la D.K.L.
  • Laffont – A. Crampes – J. Dumora – C. Martin 6 juin 1921, à 37 jours de la DKL
  • DKL : 38 : Bourdo Julien, 19 juillet 1904
  • 11-4-1919 : Cruches en rupture de ban
  • Langon Léon   8-5-1935 : fuite = 58
  • Premier jour  : 3-7-1943.  Dernier  :  X + 1 »

« On trouve – sur­prise ! – un autographe de M. Etchart en personne :

  • Etchart 1899-1902

 Lorsqu’il écrivait ceci, il ne se doutait certainement pas qu’il deviendrait un jour Directeur de la maison. »

« Après le Brevet Supérieur, c’est le bac qui, depuis 1945, préoccupe plus particulièrement « Gaston », symbole du bûcheur de compétition : les graffiti du grenier en sont la preuve (car Gaston bûche dans le grenier) :

  • Ici Gâston bûche – Musée Gâston – Entrée interdite – No man’s land
  • C’est ici que bûchèrent bûchent et bûcheront tous les élèves sérieux qui ont eu et auront des mentions     Signé : Gâston
  • Si tu as envie de trouver… assieds-toi et attends que ça passe.  Gâston.
  • Gaâton poursuit ses études… sans les rattraper. – A mort le bac.
  • tg BAC = 8 jours. Dédé bûche la trigo à 47 jours du bac – vive le BAC. »

« … Le clocheton, lieu de camouflage par excellence pour ceux qui sèchent les T.P., pour jouer aux cartes (avec un remplaçant au cas où l’un d’entre eux tomberait en défaillance) :

  • Le 26 mai 1930 – Pendant que les copains font un vache pyromètre, Blazy, Junqua, Lapuyade, Bazerque (remplaçant Puyou) font une vache manille (Promo 1929-1932)
  • En excursion en campanile, avec Etchart, pendant le travail manuel, pour échapper aux poursuites  ( Illisible ) »
C’est ici que bûchèrent bûchent et bûcheront tous les élèves sérieux qui ont eu et auront des mentions;  Signé : Gâston
Hommage à l’équipe de rugby des Glycines de l’année 1929-1930, finaliste du championnat d’Académie contre Agen …

« Toutes ces lettres effacées
Parlent pourtant ;
Elles ont vécu, ces pensées,
Fût-ce un instant. »

Alfred de Musset

« … il restera des murs, des portes, des escaliers, des coins et recoins, tous inviolables, qui garderont secrètement nos souvenirs […] elle sera toujours l’E.N. pour tous ceux qui ont vécu en elle… »

Pierre Barets


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