Souvenirs de Jean-Léon Egurbide

Souvenirs de Jean-Léon Egurbide (1964-1968)

Devant l’arrivée de témoignages, nous les mettons en ligne. Chacun peut apporter le sien.

Gérard Pommès :

UN TRÈS BEAU SOUVENIR PARTAGÉ AVEC JEAN-LÉON

Vendredi 6 décembre 1968 : jour d’ébullition intellectuelle dans l’Ostibarre (*) !

Ce jour-là, Jean-Léon et moi avons passé notre CAP, lui à Arhansus le matin, et moi à Ostabat-Asme, l’après-midi.

Ces lieux emblématiques, étaient connus de Valéry Giscard d’Estaing au 20ème siècle pour l’un, et du chroniqueur Froissart au 14ème siècle, pour l’autre.

Qu’ont à voir ces deux personnages dans l’histoire de nos deux villages ?

Le jeudi 27 mai 1976, jour de l’Ascension (Tiens ! Tiens ! Un clin d’œil au rassemblement des Normaliens !!), le président Giscard d’Estaing vient rendre visite aux habitants de Arhansus qui, deux ans plus tôt, ont voté à 97% pour son élection. Evénement médiatique sans précédent pour la presse régionale.

Lors de sa venue, en 1388, dans la principauté de Béarn pour rencontrer Gaston Fébus, ce prince flamboyant qui tenait une cour des plus brillantes de l’époque, Jehan Froissart fait référence à ces milliers de pèlerins venus de toute l’Europe et qui convergent vers Ostabat au confluent des trois voies jacquaires. C’est alors la dernière halte qui accueille jusqu’à 5000 pèlerins avant la périlleuse traversée des Pyrénées.

Je reviens à cette journée du 6 décembre 1968 (Giscard n’était pas encore d’actualité!). La mémoire me faisant un petit peu défaut, j’ai recherché dans mes archives les rapports d’inspection afin de retrouver les noms exacts de nos examinateurs. J’avoue, sans fausse modestie, que je les avais encore gravés dans le tiroir de mon cerveau réservé à l’Ecole Normale !

Jean-Léon est libéré et heureux quand il vient manger à midi, chez moi, comme il le faisait tous les jours, depuis le début de l’année scolaire. Maintenant détenteur de son CAP, il me rassure et m’encourage car il est vrai que je suis diminué physiquement après une sévère luxation acromion-claviculaire à l’épaule droite, contractée un mois et demi plus tôt, lors d’un match à Orthez. Heureusement, M. Detchepare, conseiller pédagogique, avait, lors de sa dernière visite de contrôle, compris mon handicap et par là, les transcriptions maladroites de mes préparations de la main gauche …

Va donc ! On se sépare à 13h30 après un bon café accompagné d’une « gauloise » apaisante.

Nous avons déjà entamé notre programme de l’après-midi, quand M. Detchepare, suivi de M. Rabé (autre conseiller pédagogique) et de M. Salgues inspecteur de l’Education Nationale de la circonscription de Cambo entrent en classe. Comme un seul homme, les enfants se lèvent, claironnant un « bonjour Messieurs ! » qui déclenche un sourire que je devine prometteur, à nos invités du jour.

La leçon de sciences sur la truite a à peine commencé. Un copain du village, remarquable pescofi aimant taquiner dame Fario dans la Bidouze toute proche, m’en a fourni une par élève. En fin de leçon, je ferai cadeau de cette pêche aux examinateurs ravis de l’aubaine pour leur repas du soir. Quelque esprit chagrin verra bien sûr, dans mon geste, la réussite à mon CAP !!

Tout s’est parfaitement déroulé comme nous l’avions préparé avec Jean-Léon les jours précédents. Une remarque m’a été faite toutefois sur le choix un peu présomptueux du poème proposé aux CM :

« Soir de bataille » de Victor Hugo. Il est vrai qu’au fur et à mesure de ma déclamation je voyais que cela passait à des altitudes au-dessus des têtes de mes petits « Izuratar ». Heureusement, cela a été suivi par un magnifique « Il est un coin de France » ponctué d’un vibrant « Irrintzina » de Totte, grand garçon du CM2, excellent pelotari de surcroît.

Après le « débriefing » (cet horrible anglicisme n’existait pas à l’époque !) habituel, l’inspecteur m’accorde sa confiance et me félicite pour ma réussite à l’examen. OUF !!

Après un « Au revoir Messieurs !» accompagnant le départ des visiteurs, je félicite à mon tour mes élèves pour leur tenue irréprochable et leur participation active.

Il s’égayent alors dans les rues voisines au sortir de la grande maison commune où j’occupe deux pièces au confort spartiate, à 10m de ma classe et qui abrite également, la Mairie et les locaux d’une congrégation religieuse ! Eh, oui, cohabitation républicaine bien oubliée de nos jours !

Jean-Léon a garé sa 2CV dans la halle aux moutons, située sous la bâtisse.

  • Alors ?!
  • C’est BON !!

On se jette dans les bras l’un de l’autre, partageant le même bonheur. Un vent léger descendant du col d’Ipharlatze ajoute à ces instants inoubliables.

C’est jour de marché à Saint-Palais et Jean-Léon propose d’aller fêter notre réussite chez Dominique Dindart (**), restaurateur et traiteur réputé de la cité bas-navarraise. Le repas de midi ayant été plus que frugal, l’idée est aussitôt adoptée.

Dominique, nous accueille dans sa cuisine et nous montre une bassine d’anguilles préparées pour une manifestation, le lendemain. Fraîchement capturées, nous n’en avons jamais plus mangé d’aussi bien cuisinées. Proust avait sa madeleine, moi, j’ai toujours gardé le fumet, le goût subtil et incomparable de ces anguilles partagées avec mon ami Jean-Léon.

C’étaient les temps heureux baignés d’insouciance. Nostalgie, quand tu nous tiens !

Adishatz, amic Jean-Léon !

(*) l’Ostibarre : Région de Basse-Navarre englobant entre autres, les villages d’Arhansus et d’Ostabat-Asme.

(**) Dominique Dindart a préparé le repas de réception de Giscard et des habitants de Arhansus en 1976. Si mes sources sont exactes, je crois bien que tous les frais de cette journée n’ont pas été réglés par la présidence de la République alors que Jean-Léon et moi avons réglé rubis sur l’ongle notre note du 6 décembre 1968 !

Alain Lamothe :
Bon voyage, jean-Léon, artiste du mus, petit prince d’Aïcirits. Le bonheur que tu avais, autour des cartes et de ta si belle langue maternelle. Décéder à Bayonne, autour du jambon, c’est une fin qui aurait pu être plus paradoxale …
Agur bero bat.
A.L.

André Claverie :
Bonjour à tous,
Je me souviens bien de Jean-Léon qui était mon voisin en classe. Il venait de Saint-Palais. J’avais essayé en vain de prendre contact avec lui, il y a environ 10 ans. Toutes mes condoléances à ses amis et à sa famille.

Figurez-vous que je viens de m’abonner à la revue mensuelle Décroissance qui souhaite une écologie assez radicale. Le n° 188 d’avril 2022 cite page 3 Bernard CHARBONNEAU et son compère Jacques ELLUL et en particulier les livres d’ELLUL L’Illusion politique et Changer de révolution (1982). Tout un programme électoral…

Je me souviens que Bernard se dit Béniat dans la langue basque de Jean-Léon et c’est ainsi que nous appelions ce prof d’histoire-géo. J’ai retrouvé Bernard CHARBONNEAU sur Wikipédia : impressionnant !

Bon vent à tous Adichats ou agour

André CLAVERIE (1964-1968) citoyen français de nationalité béarnaise enraciné depuis 49 ans en Alsace

Jean-Bernard Lugadet :
Merci pour l’information.
Jean Léon était une figure de notre promotion.
Je suis très content de l’avoir retrouvé en 2018 pour notre 50° anniversaire de sortie…

Cette triste nouvelle m’a permis d’avoir des nouvelles d’A Claverie avec qui je partageai une “piaule” de 4 lors de ma première année. En 1968 il avait choisi l’enseignement secondaire et donc ,à l’époque, l’exil …Transmettez lui mes amitiés très occidentales puisque je vis en Bretagne et porte le béret à la béarnaise comme mon père…



Le mot du Président
Chers amis et collègues,
Ce mot pour vous dire que les 2 exemplaires de l’expo itinérante sur le sport scolaire, inaugurée au lycée Jacques Monod à Lescar, lors de notre dernière assemblée générale,

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